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10 leçons tirées de deux mois de confinement

Sans aller jusqu’à convoquer l’étymologie (on pourrait), il y a des crises salutaires. Même si, une fois encore, je ne minimise en rien les difficultés et parfois même les drames traversés par certains ces derniers mois, cette période de confinement a été pour moi – comme pour beaucoup – l’occasion d’une prise de recul bienvenue et d’une remise en cause profonde de quelques éléments fondamentaux sur lesquels j’avais bâti ma vie jusqu’ici.

Voici donc, en partage et en toute modestie, quelques leçons que j’ai tirées de ces deux mois d’exil volontaire en pleine campagne et dont je suis persuadé qu’elles trouveront un prolongement concret dans nos vies futures. Bien évidemment, les sujets abordés ci-après ne sont qu’un état des lieux. Pour le “comment ?”, continuez à suivre cette newsletter, ça arrive !

1. Mettre de l’ordre dans ses priorités

Quand il faut à la fois gérer l’intendance, l’instruction des enfants, les courses et les tâches ménagères, un boulot à multiples facettes (bienvenue dans la vie d’entrepreneur), garder un lien avec ses proches et rendre habitable au quotidien une maison de week-end, un tri naturel dans les priorités s’impose. Une attitude encore renforcée par la grande liberté d’organisation qui nous est subitement donnée et le mélange vie privée – vie professionnelle porté à son summum. On apprend à hiérarchiser, à dire non, à échelonner et à ne pas culpabiliser si on ne termine pas une tâche le jour J. Le soleil se lèvera encore demain. 

2. Prendre son temps

Le temps est élastique. Voilà que soudain on échappe aux transports quotidiens, aux rendez-vous inutiles auxquels on n’a pas su dire non, aux soirées-cocktails-fêtes interminables où l’on s’ennuie au bout d’une heure. Plus de temps donc. Combiné à une activité professionnelle cotonneuse, entre baisse d’activité soudaine et élagage des objectifs non prioritaires, ce temps soudainement mis à disposition fut une bénédiction. J’ai donc assez naturellement, changement de contexte et de lieu oblige, ralenti. Et vérifié que le seul vrai luxe, c’est bien le temps. Mais il ne s’achète pas. 

3. Réserver du temps aux choses essentielles

Cette liberté soudaine d’organisation conjuguée à un temps disponible subitement plus important m’a rapidement conduit à réserver du temps à des choses qui me sont apparues d’elles-mêmes comme essentielles, choses jusque-là négligées dans la folie sans fin de la vie parisienne. Cuisiner pour ceux que j’aime, prendre vraiment le temps de partager avec eux les repas, poursuivre un dialogue fécond avec les enfants, nourrir mon esprit, rouvrir ma bibliothèque. Elles ne sont finalement pas si nombreuses ces choses qui nous sont essentielles. Alors pourquoi les négliger à ce point ?

4. Renouer avec les plaisirs démodés

Il fallait bien ce reboot inattendu pour se poser et laisser revenir en force, sans les brusquer, des plaisirs délaissés. Ce fut, pour moi, le come-back bienheureux de la lecture, de la marche et du jardin. On pourrait passer sa vie à ça et elle serait convenablement remplie de beauté, de calme et de simple félicité. J’aurais aimé prendre le temps d’apprendre la photographie, mais cela viendra en son temps. Ah, et négligeant un temps les réseaux sociaux,  je n’ai pas posté une seule fois sur Instagram…

5. Apprécier le calme et le son du silence

On se noie si facilement et avec une délectation si profonde dans l’agitation perpétuelle. Plus de voitures, plus d’embouteillages, plus de livreurs à 5h du matin, plus d’énergumènes en sortie de soirée gueulant sous nos fenêtres, même plus le brouhaha joyeux d’un vieux bistrot (je l’aime bien celui-là). Retour au silence, au chant des oiseaux, au vent, à la pluie qui cogne aux fenêtres. Retour à une forme de vie apaisée propice à la rêverie et à la réflexion. On comprend soudainement mieux le silence volontaire des moines cisterciens.

6. Retrouver le goût de la nature et des saisons

Qu’elle nous ait terriblement manqué, cloîtrés dans un appartement de centre-ville ou qu’on ait eu la chance de la retrouver en quittant la cité pour rejoindre des cieux éloignés, la nature est revenue au centre de nos préoccupations immédiates. Jouir d’un coin de ciel bleu, d’une promenade en forêt, traverser des champs de blés verts, s’attarder dans l’herbe tapissée de coquelicots, retrouver l’air pur et le parfum du gazon fraîchement tondu, le feu dans la cheminée… Ces plaisirs simples que nous procure la nature, on les aurait presque oubliés. Il faut les cultiver.

7. Mieux se nourrir ce n’est pas si compliqué

Pays de bouche, toute la France l’a bien compris, je pense. Se remettre aux fourneaux et cuisiner pour les siens n’est pas seulement un plaisir (qui n’a pas suivi le tuto d’un chef sur YouTube, les videos Instagram d’un autre ou – privilège suprême – fait la cuisine entre amis sur Zoom ?) mais une manière de mieux s’alimenter. Des produits de saison et de proximité soigneusement choisis, un peu de temps passé en cuisine (et encore) et voilà un repas fait maison, parfait de saveurs et de bonté. Manger moins mais mieux. Et boire à l’identique. De bonnes habitudes à ne pas oublier !

8. Un pas vers la modération

Quand le monde s’arrête et se claquemure, que l’incertitude des temps à venir devient préoccupante, que les commerces baissent le rideau et que faire ses courses nécessite un ausweis, la consommation prend une toute autre allure. Et l’on se rend – enfin – compte que l’on a pas, au final, besoin de grand chose. Sans publicité dans les magazines, la télé, à la petite musique anxiogène, éteinte, on en revient à nos besoins primaires. J’ai passé deux mois de plaisant exil avec quatre chemises, deux pantalons et un bermuda et j’ai retrouvé la chaleur humide du repassage. Fini les achats d’impulsion, les achats imposés, le “shopping”. Parce qu’il y a d’autres plaisirs dans la vie qu’une trentième cravate ou le dernier iPhone.

9. Faire le tri dans ses relations

L’éloignement a du bon. Si la fameuse distanciation sociale nous éloigne physiquement de nos proches, elle a aussi le mérite de clarifier la valeur de nos relations. Loin de tous, on s’attache en priorité à maintenir les relations qui nous sont réellement importantes. Celles qui nous apportent vraiment quelque chose. Car en confinement, il y a ceux que l’on appelle souvent, ceux que l’on prend plaisir à voir en visio, ceux dont on prend des nouvelles sur WhatsApp ou avec un petit SMS et puis tous les autres… J’ai 4 943 amis sur Facebook. Hormis ma famille, je n’ai échangé, en deux mois, qu’avec une trentaine de proches. Ce sont ces relations que je veux désormais vraiment entretenir. Parce que ce sont ces individus qui font mon bonheur.

10. Une autre vie est possible

Bien sûr, c’est plus simple quand les enfants n’ont pas d’école, quand tout le monde est logé à la même enseigne d’une mise en pause obligatoire, quand on a la chance de posséder une maison de famille mais tout de même… Pour moi la démonstration est faite, et c’est sans doute l’enseignement essentiel de ces deux mois de confinement : on peut vivre différemment. Sortir de l’aveuglement, de la servitude volontaire, de l’ivresse sans lendemain d’une suractivité inutile. Ce n’est pas facile, ce n’est pas immédiat ni sans conséquences et compromis. Mais c’est possible. Et désirable.

Voilà.

Et je pourrais même ajouter une onzième leçon  : Vivre Slow ne sera pas une aventure sans lendemain. Car ce que je viens d’écrire là ressemble fort au sommaire des thèmes à aborder dans les prochains mois. Vous ne trouvez pas ? 

T.R.

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